lundi 19 juillet 2010
Parole, parole, parole …
lundi 19 juillet 2010 à 13:08 :: BIP (Bulletin d'information politique)
Le président a parlé, le 12 juillet, en direct de l’Elysée. L’air grave, le sourcil froncé, il a évacué en une petite vingtaine de minutes les « affaires » qui agitent furieusement le monde politico-médiatique puis, incantatoire plus que convaincant, il a épilogué sur la réforme des retraites, les déficits, la sécurité, l'immigration. Son intervention, ponctuée de « vous comprenez monsieur Pujadas, je suis président de la République », comme pour souligner l’importance de sa pensée et la fermeté de ses engagements, n’aura pas eu l’effet escompté : dès le lendemain la presse, cruelle, relevait une à une les inexactitudes ou les erreurs du discours présidentiel tandis que l’opposition et les syndicats contestaient le fond tout autant que la forme de l’intervention. Quelques heures plus tard les « affaires » repartaient de plus belle à la suite de nouvelles révélations. Les accusations du président et de ses hommes contre une « certaine presse fasciste » faisaient alors « pschitttt » comme un pétard mouillé du 14 juillet.









Les Français broient du noir, c’est l’INSEE qui le dit : le moral des ménages est au plus bas depuis 2008 car ils sont inquiets pour leur pouvoir d’achat et préoccupés par le retour d’un chômage important. La cote du président est elle aussi au plus bas…
Avec 63% de mécontents, Nicolas Sarkozy frôle ses plus bas scores de popularité. La baisse du nombre des satisfaits est partout, y compris dans son propre camp, à l’UMP. Mais le personnage apparaît comme aveuglé par un amour immodéré de lui-même : « J’ai du mal à croire les sondages quand je fais des visites sur le terrain » dit-il, feignant d’ignorer que l’UMP et les forces de l’ordre éloignent de lui tout contestataire. Pourtant les chiffres sont là, têtus : le recul est général quelles que soient les générations, les professions ou les catégories sociales considérées. Le niveau de mécontentement le plus important est observé chez les ouvriers et chez les salariés du service public.
« La France en garde à vue », c’était le titre d’un article du Monde voilà quelques mois. Il est toujours d’une brûlante actualité : six lycéens, dont quatre mineurs, ont été mis en garde à vue la semaine dernière après avoir tenté de murer l’entrée de leur lycée de Saint-Vincent-de-Tyrosse, dans les Landes, ceci pour protester contre la réforme des lycées. Si les faits sont répréhensibles, peut-être même pénalement réprimables, la réponse donnée par les autorités semble disproportionnée. Les députés socialistes qui se sont émus de ce placement ont rappelé « que le code de procédure pénale précise que la garde à vue doit être strictement limitée aux nécessités de la procédure et proportionnée à la gravité de l'infraction ». Et ils ont situé cet événement dans le contexte « d'une dérive qui entraîne une explosion des gardes à vue en augmentation de 71,6 % depuis 2002 et qui concerne aujourd'hui 1 % des Français chaque année ».
En septembre dernier, lors de la remise du rapport des travaux de la commission sur la mesure du progrès économique dirigée par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, Nicolas Sarkozy a plaidé pour un changement et dénoncé la « religion du chiffre ». C’est cocasse de la part de celui qui se voulait comptable de chaque point de croissance qu’il devait aller chercher « avec les dents », de chaque emploi qu’il s’efforcerait de maintenir ou de créer (rappelez-vous les emplois gravés dans le marbre à Gandrange), de chaque heure supplémentaire faite pour gagner plus, de chaque burqa portée en France qui mettrait la République en péril, de chaque reconduite de clandestin à la frontière – objectif 27 000 cette année - (le chiffre tue écrivait le GISTI en 2007), …
Vous avez aimé le dépistage des enfants délinquants dès l’âge de trois ans ? Ou la possibilité d’incarcérer les mineurs dès treize ans ? Oui ? Alors vous allez adorer leur arrestation à la sortie de l’école (deux véhicules, six policiers pour interpeller deux garçons - innocents de surcroît, mais là n’est pas la question - de six et dix ans) ou leur audition à la gendarmerie après une bagarre dans la cour de récréation (un écolier de huit ans entendu pendant vingt minutes en présence de son père). Seules les écoles maternelles semblent « sanctuarisées », pour l’instant. Mais jusqu’à quand ?
Malgré la crise, le président a la « banane » et tient à le faire savoir. Recevant le 25 mars les députés UMP à l’Elysée afin de les rasséréner, inquiets qu’ils sont des conséquences sociales et politiques de la récession économique, Nicolas Sarkozy s’est efforcé de guérir leur spleen : « la période est formidable » leur a-t-il dit « C'est nous qui conduisons le bateau. On n'a pas le droit d'avoir peur. Je me fais taper dessus, mais j'ai la banane. On a besoin de nous et ça paiera ». Autrement dit : vive la crise !
Denis Clerc, fondateur d’Alternatives économiques, dénonce ces jours-ci ce qu’il appelle « le scandale des heures supplémentaires ». « Malgré la crise, le recours aux heures supplémentaires défiscalisées a encore progressé au dernier trimestre 2008. D'évidence, il ne s'agit pas de faire face à un surplus d'activité, mais de remplacer les salariés qui ne sont plus là » écrit-il. C’est-à-dire que, pour lui, les entreprises préfèrent accentuer la charge de travail des salariés présents plutôt qu’embaucher, alors qu’en un an, 115 000 personnes ont perdu leur emploi.