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C. LEPAGE – « Pour un nouveau départ Franco-Allemand »

Alors que François Hollande et Angela Merkel se réunissent aujourd’hui à Berlin afin de célébrer le cinquantième anniversaire de la réconciliation franco-allemande officialisée par la signature du Traité de l’Elysée en 1963 entre le chancelier Konrad Adenauer et le président français Charles de Gaulle, Claudine Lepage, sénatrice PS des Français de l’étranger, expose dans cette tribune son point de vue sur le couple moteur de l’Europe.

Le traité  de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963  a été précédé de deux visites  marquantes : celle du chancelier Konrad Adenauer en juillet 1962 en France et la seconde deux mois plus tard, du général de Gaulle en Allemagne marquée par un discours fort, en allemand, à la jeunesse allemande, à Ludwigsburg. C’était à l’époque le Traité de la réconciliation. Difficile de se remémorer cette époque pour qui la paix en Europe de l’ouest est une évidence. Et pourtant les guerres meurtrières qui ont précédé ont laissé bien des cicatrices dans les familles et dans la mémoire collective. On est passé de la réconciliation à l’amitié, au mariage (de raison si ce n’est d’amour) au moteur franco-allemand pour  ceux qui se veulent plus pragmatiques.

Mais que reste-t-il, aujourd’hui, du traité de l’Élysée ? Des rencontres  régulières au plus haut niveau, une étroite coopération entre les deux gouvernements et de nombreux échanges de jeunes organisés notamment par l’Office franco-allemand de la jeunesse. Le Traité de l’Élysée est-il aujourd’hui caduc ? Doit-on le revoir ? Doit-on l’élargir à d’autres Etats?

Un anniversaire, le cinquantième de surcroit est le moment de  s’interroger sur l’avenir. Le Monde posait il y a quelques semaines des questions pertinentes : « Pourquoi, cinquante ans après le traité de Élysée, la coopération militaire entre les deux pays reste-t-elle balbutiante ? Pourquoi n’y a-t-il aucune ambassade commune ? Pourquoi, à l’ONU et au G20, les deux pays sont-ils incapables de parler d’une seule voix ? Pourquoi se font-ils concurrence au Maghreb et au Proche-Orient ? Pourquoi n’y a-t-il toujours pas le même taux d’imposition sur les sociétés ? Pourquoi les politiques énergétiques sont-elles contradictoires ? Pourquoi, au sein d’EADS, la nationalité des dirigeants continue-t-elle déprimer sur leurs compétences » ? Pourquoi ? Différences culturelles ? Politique intérieure ? Pour satisfaire l’électorat d’une élection à l’autre ?

Au delà des questions institutionnelles, les relations franco-allemandes, je parle ici des relations entre les Français et les Allemands, ont connu une évolution sans pareil. Il me suffit de me rappeler les larmes de ma grand-mère, Lorraine, qui avait connu deux guerres d’assez près, apprenant que j’allais épouser un Allemand. Réaction difficilement concevable aujourd’hui ! Les mariages franco allemands se sont multipliés et les naissances en découlant (les divorces aussi !), ce qui a entraîné des  évolutions  de mentalité et peu à peu de législation, je pense au droit matrimonial franco-allemand, même si tout n’est pas encore pour le mieux. Il est aujourd’hui possible d’acquérir la nationalité française/ou allemande sans renoncer à celle de son origine et j’en connais plus d’un qui rêverait d’un passeport franco allemand !

De nombreux jumelages entre nos villes et villages ont dynamisé la réconciliation puis l’amitié franco allemande.  Ceux-ci ont rapproché les  populations dès les années 60  avec parfois des effets inattendus. Ainsi Lucenay les Aix, village de la Nièvre  signe une charte de jumelage en 1966 avec Waldesch, petite commune de la Rhénanie Palatinat. Ce sont les Français qui effectuent les premiers le déplacement  en Allemagne. Les Lucenayais sont éblouis par le confort des maisons de leurs nouveaux amis allemands et  en  concluent qu’ils ne  peuvent les recevoir dans leurs maisons  sans eau courante ni salle de bains! Il a donc fallu au plus vite installer l’eau courante dans toute la commune, le tout-à-l’égout et pour ceux qui le pouvaient des salles de bain ! Un jumelage franco-allemand décisif pour la modernisation de cette charmante commune rurale de la Nièvre !

Aujourd’hui  pour nous qui vivons au quotidien dans un contexte franco-allemand, la relation s’est banalisée, les échanges se font sans y penser et les différences se gomment peu à peu. Mais qu’en est-il du citoyen moyen ? Les Français parlent peu l’allemand, connaissent mal l’Allemagne et les Allemands, ils envient les Allemands pour leurs succès économique et footballistique, ils voudraient  obtenir  l’estime de leurs voisins alors que les Allemands convaincus de leur supériorité économique voudraient finalement vivre simplement comme Dieu en France et souhaiteraient de plus que les Français les aiment … une impasse ? Il faut relancer toutes les initiatives qui permettront aux deux peuples de mieux se connaître. Une commémoration comme celle que nous nous préparons à célébrer  ne doit pas être  exclusivement destinée à  évoquer le passé mais avant tout à mobiliser la jeunesse et les sociétés civiles française et allemande en faveur du renforcement de notre amitié et plus largement de l’intégration européenne.

Les commémorations sont certes utiles mais ne suffisent pas pour faire avancer l’Histoire, il faut sans cesse se parler pour répondre ensemble aux questions qui se posent et continueront à se poser. Comme François Hollande l’avait  annoncé pendant sa campagne, un nouveau traité de l’Élysée qui redynamiserait la relation franco-allemande dans tous les domaines doit être renégociée ! Vite !

Claudine Lepage, sénatrice (PS) représentant les Français établis hors de France (lepetitjournal.com) – mardi 21 janvier 2013

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