Neuhausen Café

Appel international sur la Tunisie contre la violence politique et pour la poursuite du processus diplomatique

Posté le 11 février 2013

Le lâche assassinat du démocrate Chokri Belaïd constitue pour nous, acteurs solidaires de la « cause tunisienne », un coup terrible porté au processus démocratique. Toutefois, c’est parce que nous croyons profondément en la capacité des citoyens, des militants politiques et des acteurs de la société civile tunisienne à retrouver les chemins du dialogue national que nous publions cet appel.

Signez l'appel ici

Citoyennes tunisiennes,

Citoyens tunisiens,

Depuis de très nombreuses années, nous soutenons votre lutte contre la dictature. Nombreux parmi nous se sont engagés à vos côtés dans votre combat pour la défense des libertés fondamentales et des Droits de l’homme, en exprimant publiquement notre appui aux démocrates tunisiens, quelles que soient leurs affiliations politiques et philosophiques. Mus par un devoir de solidarité internationale à l’égard d’un peuple qui nous est cher, nous avons apporté un soutien moral, politique, parfois matériel, à la résistance démocratique tunisienne, au-delà de tout sectarisme et de toute vision manichéenne islamistes versus laïques. Parce que nous avons toujours pensé que l’essentiel n’est pas d’opposer les Tunisiens entre eux mais bien de faire reculer la culture de la dictature et, corrélativement, de faire progresser celle de la démocratie.

C’est avec satisfaction mais aussi une certaine appréhension, du fait de la brutalité de la répression policière, que nous avons accueilli, en 2008, la « révolte du bassin minier de Gafsa qui représentait une étape décisive de la protestation populaire contre le régime dictatorial de Ben Ali. Presque invisible sur le plan médiatique international, suscitant peu de réactions de la part des gouvernements étrangers, notamment européens, nous avions décidé de relayer l’information et d’exprimer notre soutien aux manifestants du bassin minier et aux nombreuses victimes des exactions policières.

Lorsqu’en décembre 2010 ont éclaté les protestations populaires dans les régions de Sidi-Bouzid et de Kasserine, qui se sont étendues rapidement à l’ensemble du pays, nous avons tout de suite compris l’importance de l’enjeu (la chute de la dictature) et organisé un peu partout en France et en Europe des actions de solidarité avec les citoyens tunisiens. Nous avons fait ce choix en dépit d’une attitude souvent timorée de nos propres gouvernements, préoccupés davantage par la survie du régime de Ben Ali que par celle du peuple tunisien.

C’est avec joie que nous avons appris, le 14 janvier 2011, la fuite du dictateur et l’amorce du processus de transition démocratique, ouvrant une espérance non seulement pour les citoyens tunisiens mais aussi pour les peuples de la région. Plus qu’un « modèle », la Tunisie est devenue une source d’inspiration démocratique pour l’ensemble des sociétés arabes vivant encore, en ce début de XXIe siècle, sous le joug de régimes tyranniques.

Conscients que le passage de la dictature à la démocratie constitue un processus long et sinueux, nous continuons à appuyer l’ensemble des initiatives visant à rétablir les libertés publiques, à assainir le système judiciaire, à demander une meilleure redistribution de la rente économique en faveur des régions marginalisées, à obtenir droits et réparations pour les victimes de la dictature et de la terrible répression de décembre 2010 et janvier 2011. En deux mots : instaurer un véritable régime républicain, social et civil. Si elles ne se font pas sans difficulté, et si l’acheminement vers une seconde République tunisienne s’avère parfois chaotique, deux étapes de la transition démocratique ont déjà été prometteuses : l’abolition du régime du parti unique, et un processus électoral exemplaire qui a permis la désignation au suffrage universel direct d’une Assemblée constituante représentant l’ensemble des familles politiques et philosophiques du pays.

Or, aujourd’hui, le processus démocratique paraît en panne, sinon en crise profonde. Une véritable justice indépendante tarde à se mettre en place ; la réforme des médias est inachevée ; les mouvements sociaux des régions intérieures ont été souvent traités, par les différents gouvernements de transition, sous le seul jour du registre sécuritaire ; le pays se divise jour après jour selon une ligne de clivage opposant les islamistes à leurs adversaires laïques. L’assassinat de Chokri Belaïd, militant de la gauche démocratique, le 6 février 2013, marque ainsi un tournant tragique. L’usage de la violence politique pour régler les différends, le retour à la vision binaire et manichéenne islamistes/laïques, l’absence de dialogue national mais, plus encore, la tentation de revenir à des solutions autoritaires, nous paraissent inquiétantes. La culture de la peur, caractéristique de la période Ben Ali, reprend progressivement ses marques.

C’est parce que nous avons toujours exprimé notre soutien inconditionnel aux citoyens tunisiens dans leurs luttes pour la démocratie et contre l’autoritarisme, y compris dans les heures les plus noires, que nous tirons aujourd’hui ce signal d’alarme : le peuple tunisien n’a pas chassé un dictateur pour en mettre un autre à sa place. Les solutions autoritaires, le recours à l’Homme providentiel, la tentation de la violence politique ne peuvent conduire le pays qu’au chaos, mettant à bas l’expérience démocratique. Ainsi, nous espérons que les Tunisiens retrouveront le chemin du dialogue national, poursuivront le processus constitutionnel en cours, et feront mentir les paroles de ceux qui pensent que la révolution tunisienne n’a été qu’une « récréation démocratique » d’un peuple immature et rétif à la culture des droits de l’Homme. La Tunisie démocratique n’est pas simplement une illusion ou une simple parenthèse de l’Histoire du monde arabe. La révolution tunisienne a ouvert une espérance démocratique pour l’ensemble des peuples de la région. Nous ne la laisserons pas tomber.

Monique Morales – « La France est le pays qui fait le plus au monde pour ses ressortissants à l’étranger »

Posté le 30 janvier 2013

Une conseillère des Français de l'étranger interrogée par le petit journal.com:

Dans le millefeuille des autorités françaises et des associations d'aide aux expatriés installés en Espagne, Monique Morales porte une voix qui détonne. Ancienne enseignante au Lycée français de Madrid et responsable syndical d'une filière pédagogique entière, la Tourangelle de naissance occupe depuis quelques années des fonctions politiques de premier ordre, en tant que représentante officielle de la Communauté française en Espagne. Des fonctions remises en cause aujourd'hui depuis l'élection de députés des Français de l'étranger, lors des législatives de juin 2012, alors qu'un grand chamboulement en interne se prépare. Portrait.

Médaillon de son groupe politique épinglé sur le chemisier, rouge à lèvres, tenue soignée : Monique Morales porte avec fierté les couleurs de la France. À 73 ans, cette enseignante du Lycée français de Madrid à la retraite, née à Tours mais mariée à un Espagnol depuis une quarantaine d'années ("Je suis une émigrée sentimentale", confesse-t-elle le visage rougi) fait face à un nouveau défi qui la pousse à l'introspection. Dans le courant de l'année ou peut-être l'année prochaine - "aucune date précise n'est encore fixée" - auront lieu d'importantes élections à l'Assemblée des Français de l'étranger. Monique Morales est l'une des cinq conseillers, dans la circonscription espagnole, à remettre son siège en jeu.

Photo lepetitjournal.com

"Pas de télescopage entre le député et nous"

L'AFE ? C'est cet organe consultatif, placé entre les expatriés français et le Sénat, chargé de faire remonter à Paris les problématiques locales des Français installés loin de leurs bases. "Ce sont les représentants politiques de la Communauté française en Espagne", traduisent les services de l'Ambassade de France à Madrid. Seul hic : depuis le mois de juin 2012 et les élections législatives, ces élus du peuple ont perdu de leur pouvoir, au profit d'un député des Français de l'étranger par circonscription, directement rattaché à l'Assemblée nationale donc législateur en puissance. Dans la cinquième circonscription, c'est le socialiste Arnaud Leroy qui occupe le poste. "Est-ce que nos actions se télescopent ? Je ne pense pas", répond Monique Morales, qui préfère éteindre toute polémique. "La présence d'un député de l'Assemblée nationale doit être un plus pour nos concitoyens. Il faut encore que l'on trouve la bonne articulation entre nous."

"Là pour souligner l'immense travail que font les associations"

L'arrivée d'un député siégeant au Palais Bourbon aurait donc des vertus pour l'Assemblée des Français de l'étranger, si l'on suit le raisonnement de Monique Morales. Elle permettrait de recentrer leurs activités et de donner un nouveau sens à son engagement politique. "Ce n'est pas facile, mais on restera toujours là pour souligner l'immense travail que font les associations sur le terrain", ajoute-t-elle. L'AFE se mobilise sur cinq préoccupations principales des expatriés français : l'enseignement "avec l'octroi de bourses scolaires, les conditions d'accès à l'éducation qui diffèrent dans chaque pays", les affaires sociales, l'emploi, la sécurité ou encore l'aide juridique ("en cas de divorce, de garde d'enfants"). "Notre travail, c'est de régler des cas particuliers et de faire remonter des problématiques générales rencontrées par les Français de l'étranger à Paris", précise Monique Morales, qui ajoute que l'AFE ne peut que formuler "des vœux" au Sénat, sa chambre parlementaire de référence.

Date butoir pour l'élection à l'AFE

Une grande réforme en interne s'est donc mise en route, sous l'égide de la Ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, Hélène Conway-Mouret. Des élections anticipées étaient initialement prévues en juin 2013, mais il est fort probable qu'elles soient repoussées : un vaste moment d'échanges et de discussions a lieu actuellement entre les différents acteurs de la réforme. La date butoir de septembre 2014, mois des élections sénatoriales, a déjà été fixée. Dans ce tumulte qui redéfinit les lignes des principales institutions françaises décentralisées par effet domino, Monique Morales garde et gardera toujours en elle la fierté de son pays : "La France est le pays qui fait le plus au monde pour ses ressortissants à l'étranger."

Monique Morales en 7 dates:

- Née le 22/03/1939 à Tours (Indre-et-Loire) - Arrivée à Madrid en 1965, où elle commence par étudier l'espagnol à l'école de Philosophie et des Lettres, Cuesta Santo Domingo, près des bureaux de l'Alliance française actuellement. - Professeur des écoles pendant 38 ans au Lycée français de Madrid (classes de maternelle jusqu'à CM1 - CM2) - Élue conseillère à l'Assemblée des Français de l'étranger en 1991. Réélue en 1994, 2000 et 2006. - Fait Chevalier de la Légion d'honneur en 2002. - Elue seconde vice-présidente de la Caisse des Français de l'étranger (CFE) en 2003. - Juin 2013 - septembre 2014 : remet son siège de conseillère à l'AFE en jeu.

Damien LEMAÎTRE (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 30 janvier 2013

« Les femmes au Sénat »

Posté le 20 décembre 2012

Il y a quelques mois, j'ai répondu à un questionnaire "d'enquête sociologique" destiné aux recherches d'étudiantes en master 2 "Droit et Pouvoirs Publics, spécialité : Droits de l'Homme".

Les nombreuses données collectées auprès des sénatrices françaises ( 49 avaient répondu sur 77 femmes élues à l'époque) ont permis  la parution d'un article sur "Les femmes au Sénat"  dans le numéro 2 de la Revue des Droits de l'Homme, publiée par le Centre de recherches et d'études sur les droits fondamentaux (CREDOF) de l'Université Paris X.

Cet article évoque  un phénomène qui touche tous les domaines de la sphère politique française, mais qui est particulièrement flagrant au Sénat: la sous-présence des femmes. En effet, la France est l'un des pays au monde dont le taux de représentation des femmes dans la chambre haute demeure trop faible.

Après avoir retracé l'histoire des femmes au Sénat, l'article évoque la récente évolution du cadre juridique au seuil des années 2000, avec d'abord la réforme constitutionnelle de juin 1999 qui introduit dans l'article 1er de la Constitution, la disposition selon laquelle,"la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives". La loi de juillet 2000 favorise encore cette parité, en réformant le scrutin proportionnel des élections sénatoriales par l'introduction d'une obligation stricte de parité entre les hommes et les femmes au Sénat. Mais bien vite, la loi du 30 juillet 2003 vient, en pratique, amoindrir cette exigence, en limitant le scrutin proportionnel, traditionnellement plus favorable aux candidates que le scrutin uninominal.

Malgré tout, une augmentation constante du nombre de femmes siégeant dans la haute Assemblée est notable entre 2001 ( 10,6%) et 2008 (22%). Mais un coup d'arrêt est donné lors des élections de septembre 2011, avec un taux d'élues femmes qui stagne à 22,12%. Notons que, dans le même temps, l'Assemblée nationale a fait beaucoup mieux que le Sénat en terme d'égalité de représentation des citoyens au Parlement,  en élisant 26,9% de députées le 17 juin 2012... La victoire de la gauche n'est assurément pas étrangère à cette progression.

En effet, les partis de droite présentent habituellement beaucoup moins de femmes aux élections, préférant payer les amendes dues en l'absence de respect des règles sur le taux de présentation des femmes (4 M€ payés par l'UMP pour les législatives 2012). Précisions cependant que le parti socialiste a aussi des progrès à accomplir puisqu'il a été redevable d'1 M€ à l'occasion de ces mêmes élections!

Le Président de la République, François Hollande, s'est engagé, durant sa campagne, à supprimer les subventions des partis politiques qui ne respectent pas cette parité. A cet égard, son engagement sur une loi instaurant le non-cumul des mandats est également de bon aloi. Notons que le non-cumul dans le temps favoriserait aussi une meilleure représentation des femmes. Par ailleurs, la disposition du projet de loi relatif à l’élection des conseillers départementaux,  examiné dès janvier prochain au Sénat, qui instaure un scrutin majoritaire binominal paritaire pour les conseillers départementaux, doit aussi être saluée.

En l'état actuel de la législation il reste que, dès lors que l'obligation de parité ne s'applique qu'aux femmes candidates et non aux femmes élues, "les tentatives (masculines) pour contourner les obligations paritaires ne manquent pas: fausses listes dissidentes, tendance de sénateurs à constituer chacun leur propre liste, moyen destiné à n'avoir qu'un seul élu [homme] pour les reconduire dans leur mandat." Et les esquives sont encore plus simples à mettre en œuvre pour les scrutins uninominaux, avec la présentation de candidates dans les circonscriptions considérées comme "ingagnables" ou la tendance bien commode qui consiste à penser que "le féminin de candidate, c'est suppléante"!

Comme le souligne la seconde partie de l'article, après avoir procédé à une étude du profil sociologique des sénatrices, "le parcours du combattant"auquel sont confrontées les femmes aux ambitions sénatoriales ne s'arrête pas à l'entrée du Palais du Luxembourg. Les fonctions les plus prestigieuses demeurent,effectivement, occupées très majoritairement par des hommes.

Malgré la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » d'Olympe de Gouges en 1791, le chemin est encore long pour parvenir à une juste représentation des femmes en politique. Pourtant, l'égal accès de plus de 50% de la population aux responsabilités politiques est essentiel en ce qu'il constitue aussi un fidèle reflet de l'égalité entre les femmes et les hommes,  à laquelle nous aspirons, pour l'ensemble de la société.

Et il me semble que l'un des outils pour y parvenir réside bien dans le système de la parité imposée. C'est un mal (temporairement) nécessaire, pour enclencher "un cercle vertueux".

Il s'agit, notamment, aux jeunes femmes désireuses de s'engager de pouvoir, elles aussi, s'identifier à des figures politiques féminines et également de faire mentir, bientôt, les propos de l'une de mes collègues interrogées dans le cadre de cette étude qui soulignent que  " le fait pour un homme de placer une femme tête de liste ou de défendre la parité fait toujours de lui un saint homme, comme s'il était extraordinaire, incroyablement bon et courageux de promouvoir pareille folie" !

Consulter ici l'article "Les femmes au Sénat" de Maya Berinzon, Louise Bonhomme, Laurie Marguet, Laura Rebours et Mbouly Sylla  ou dans  La Revue des Droits de l’Homme n°2, décembre 2012

11 octobre 2012: 1ère journée internationale des filles

Posté le 11 octobre 2012

 Aujourd'hui c'est la première journée internationale des filles, reconnue par l’ONU grâce aux actions de PLAN. Faites entendre la voix des filles avec nous!

Pourquoi une Journée internationale des filles ?

 Fort de ses 75 ans d’expérience de terrain, PLAN a constaté que les filles font partie des enfants les plus vulnérables et qu’elles sont les premières victimes de discriminations dans le monde (absence de soins, violences sexuelles, exploitation économique, mariages et grossesses précoces…)

Lorsqu’une famille est forcée en raison de sa pauvreté de choisir lesquels de ses enfants elle peut envoyer aller à l’école, elle choisit d’abord les garçons, les filles restant à la maison ou allant travailler pour fournir un revenu à la famille.

Cette journée est une véritable occasion de faire entendre la voix des les filles et de faire reconnaitre leurs droits.
C’est pour PLAN un moment phare dans l’année pour prendre la parole de manière forte sur cette cause et sensibiliser le grand public, les médias et les politiques sur les discriminations faites aux filles. Et cela le même jour dans les 70 pays où PLAN est présent.
Enfin, c’est également un moyen de mettre davantage la pression sur les instances internationales pour que les engagements pris sur la question des inégalités filles/garçons.
C’est grâce à un long travail de plaidoyer mené par PLAN auprès Nations Unies que l’ONU a reconnu officiellement le 11 octobre comme la Journée internationale des filles.

Pourquoi soutenir l’éducation des filles ?

75 millions de filles n’ont toujours pas accès à l’éducation dans le monde.Mariages ou grossesses précoces, violence en milieu scolaire, main d’œuvre nécessaire pour les familles, de nombreuses barrières empêchent les filles d’accéder à l’éducation.
Or de réels changements peuvent avoir lieu lorsque les filles ont accès à l’éducation :

- 9 ans d’éducation gratuite et de qualité permettent à une fille de changer son destin : une fille plus instruite se mariera plus tard, elle aura moins d’enfants et en meilleure santé, elle veillera à ce qu’ils aillent à l’école. Elle comprendra ses droits, fait ses propres choix et est un moteur de changement.
- Chaque année supplémentaire qu’une fille passe sur les bancs de l’école augmente son revenu futur de 15%.

Soutenir l’éducation des filles est l’un des meilleurs investissements que l’on puisse faire pour mettre fin à la pauvreté.

Et les garçons dans tout cela ?

PLAN ne les oublie pas, leur donne la parole et travaille avec eux pour faire évoluer leur comportement et leur regard par rapport aux filles. Les pères, frères, maris ont tous un rôle à jouer dans la lutte et la transformation des inégalités

Participez à la Journée Internationale des filles
Place de l’Hôtel de Ville à Paris
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Prostitution : oui, nous devons sanctionner les consommateurs! Par Sylviane Agacinski

Posté le 13 septembre 2012

Une prostituée africaine à Paris. Le débat sur la prostitution est extrêmement virulent en France (Rohmer/WPA/SIPA)

Je partage cette tribune de Sylviane Agacinski parue dans le Nouvel Observateur du 6 septembre 2012, qui rejoint mon point de vue publié ici.

PROSTITUTION. Loin d’éclairer la question de la prostitution, la tribune publiée dans "le Nouvel Observateur" l’obscurcit. Le problème est qu'elle ne fait pas de distinction entre la relation vénale occasionnelle entre deux personnes et la prostitution exercée "à plein temps". Du coup, elle situe la prostitution dans "un domaine éminemment privé" (sic), alors que la prostitution de masse, ou en série, met le corps des femmes sur le marché, c’est-à-dire sur la place publique.

Le législateur n’a pas vocation à intervenir dans la morale privée des "femmes entretenues" ou des "gigolos", ce qui lui serait d’ailleurs impossible. Mais il lui appartient de dire si le corps humain et ses organes doivent être reconnus comme des marchandises à la disposition du public, ce qui serait contraire au droit français.

Les signataires de la tribune défendent quant à eux la "liberté" de se vendre, puisque chacun "doit être libre de ce qu’il veut faire de son corps". Si c’était le cas, on n’aurait plus besoin de droit du travail pour protéger les individus contre les contrats abusifs.

La prostitution n'est jamais libre

Cette prétendue "liberté de se vendre" dissimule l’inégalité sociale entre les acheteurs et les vendeurs et s’appuie sur un sophisme. En effet, louer ses organes, les mettre à la disposition d’une foule de clients qui en usent ou en abusent à leur guise, sous prétexte qu’ils paient, constitue un renoncement à la liberté et un asservissement spécifique des personnes prostituées. Il n’y a pas plus de "libre" prostitution qu’il n’y a de libre esclavage.

Comment d’ailleurs défendre, d’un côté, la liberté sexuelle et privée du client, et de l’autre, accepter que cette liberté soit niée et mise sur le marché ?

Les libéraux prétendent que "toutes les femmes n’ont pas le même rapport à leur corps", comme si, supposées moins sensibles que les autres, certaines femmes étaient douées pour la prostitution… Il suffit d’être attentif aux témoignages des prostituées "à temps plein" pour se convaincre du contraire. "Un homme te paie pour te pénétrer", témoigne une ancienne "professionnelle", "et après celui-ci un autre et encore un autre. Tu te sens réduite à tes organes. Ce n’est pas drôle de te faire pénétrer par tant d’hommes, dans le vagin, dans la bouche et l’anus". D’autres décrivent leurs efforts pour se dissocier de leur corps, de façon à surmonter leur dégoût. Non : les personnes conduites vers la prostitution par leur histoire et leur condition ne sont pas différentes des autres.

Si les relations sexuelles pouvaient constituer un service comme un autre – comme le veulent les réglementaristes – les propositions sexuelles dans le cadre du travail ne paraîtraient ni humiliantes ni offensantes, et les lois sur le harcèlement sexuel n’auraient pas lieu d’être. Qu’elle punisse ou qu’elle protège, la loi doit être la même pour tous.

La toute-puissante des réseaux de prostitution

La liberté de se vendre est également une illusion à une époque où les prostituées réellement indépendantes représentent une part infime de la prostitution, dominée par la violence des réseaux très organisés de l’industrie du sexe.

Que signifie le "consentement", quand ses ingrédients sont avant tout le besoin, le chômage, la demande pressante des clients, le pouvoir corrupteur de l’argent, le manque d’estime de soi? On peut aussi citer la panoplie redoutable des violences exercées par les trafiquants et proxénètes de toute sorte : promesses trompeuses des recruteurs, dressage par les menaces, coups et tortures, usage du viol et de la drogue.

Une fois rompues par la peur et les traitements dégradants, les femmes ne peuvent plus sortir du système, surtout lorsqu’elles sont, comme dans 80% des cas en France, "importées" par des réseaux étrangers (Europe de l’Est, Maghreb, Afrique noire…). L’exemple des Pays-Bas ou de l’Allemagne montre que la réglementation est le moyen le plus efficace de faire exploser le marché des "travailleuses du sexe", d’ouvrir des Eros Centers où se pratique l’abattage et de protéger les intérêts des proxénètes, puisqu’ils deviennent de simples managers, hôteliers, hommes d’affaires comme les autres. La Suède, plus courageuse, a fait régresser la prostitution et modifié les mentalités.

Reconnaître la prostitution comme un métier, c’est donc, en fait, renoncer à combattre les réseaux qui dominent l’industrie du sexe. C’est pourquoi l’abolitionnisme – position officielle de la France – s’oppose à la prohibition comme au réglementarisme qui fait de la prostitution un métier comme un autre. La seule façon de protéger les plus faibles, c’est de lutter contre un système impliquant à la fois la clientèle, les prostitué(e)s et les proxénètes. Alors, oui, il faut oser sanctionner les consommateurs.

Les profanateurs de Tombouctou

Posté le 2 juillet 2012

Tombouctou vit un drame, la destruction de monuments funéraires dédiés à des saints et classés depuis 1988 au patrimoine mondial de l'Unesco. Quel but poursuit cette barbarie que rien ne semble pouvoir arrêter ? S'agit-il, comme l'écrit ci-contre Vincent Hugeux, de "vider les mémoires", de détruire l'héritage culturel de chacun en s'attaquant à des lieux vénérés ?
Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) M. Fatou Bensouda a déclaré que la destruction de ces mausolées était un "crime de guerre" passible des poursuites de la CPI.
La mise à bas des bouddhas de Bamyan et, aujourd'hui, des mausolées de Tombouctou résonnent en chacun de nous comme l'attaque ultime de ce qui nous transcende à travers l'art, la culture et la spiritualité.

"Au Mali, les djihadistes fouettaient les fumeurs, les footeux et les femmes « impudiques ». Voici que ces valeureux guerriers tuent les morts.  La destruction, à la pioche, à la houe et au burin,  des mausolées de Tombouctou, procède d’une névrose commune à tous les boutefeux de la charia, fatale dès 2001 aux bouddhas de Bamyan, dynamités par les talibans afghans puis,  plus récemment, aux tombeaux de mystiques soufis somaliens.

En deux jours, sept des 16 monuments de terre ocre de la « cité des 333 saints », édifiés en lisière du désert en l’honneur de savants, d’érudits ou d’oulémas vénérés, ont été réduits en poussière. « Tous le seront, sans exception », promet un porte-parole d’Ansar Eddin, la milice qui asservit la ville. Y compris ceux qu’abritent les trois mosquées ancestrales de la ville, joyaux de l’architecture islamique africaine. « On ne peut rien faire, soupire, navré, un témoin cité par l’AFP. Les fous sont armés. »

Protecteurs de la communauté, les figures de ce panthéon intime inspirent aux musulmans du cru une profonde dévotion. On les implore contre la sécheresse, les criquets et la disette, comme en faveur de la jeune épousée ou de l’enfant à naître. « Tout ça, c’est haram ! [proscrit en islam], tranche un casseur en chef. Allah est unique. » Personne hormis le Très-Haut, martèlent les bigots incultes. Rien avant nous, répond l’écho. Car il s’agit aussi et surtout d’abolir le passé, de vider les mémoires. Fondée au XI siècle, Tombouctou fut certes une cité prospère, temple du négoce sur la route des caravanes, mais aussi un phare du savoir, dont témoignent les dizaines de milliers de manuscrits anciens que détiennent ses grandes familles. Et dont certains -horresco referens !- datent de l’ère pré-islamique.

« Puisque le peuple et le parti sont en désaccord, ironisait Berthold Brecht pour mieux flétrir la tyrannie staliniste, il nous reste à dissoudre le peuple. » Telle est au fond l’essence de l’entreprise des garde-chiourmes du Nord-Mali : nier ce qui précède et en anéantir les legs. Sans doute l’ivresse de la toute-puissance fait-elle plus de ravages que celle que procure l’alcool. Et l’on peut bien piétiner avec un acharnement puéril le moindre personnage de bois sculpté, au prétexte que toute représentation de l’être humain doit être bannie : la statuaire traditionnelle nuit moins au rayonnement du Prophète que le visage, hideux, de la bêtise et de la barbarie."

Vincent Hugeux

Il faut en finir avec l’enfermement des enfants étrangers ! Signez la pétition

Posté le 21 février 2012

OEE (Observatoire de l’enfermement des étrangers) / RESF (Réseau Éducation Sans Frontières) nous alertent sur l’enfermement des enfants et mineurs étrangers:

165 en 2004, 242 en 2007, 318 en 2009, 356 en 2010...

C’est le nombre d’enfants privés de liberté parce que leurs parents sont sans papiers. Au motif que leur situation administrative n’est pas à jour – c’est là leur seul crime –de plus en plus de familles sont aujourd’hui détenues dans des centres de rétention administrative (CRA). Ce sont parfois de très jeunes enfants : 80%de ceux qui sont enfermés en CRA ont moins de 10ans. Et encore ces chiffres sont bien plus conséquents si l’on prend en compte l’Outre-mer : dans la seule petite île de Mayotte, en 2010, 6400 mineurs ont été éloignés de force.

En zone d’attente, selon les chiffres du ministère de l’intérieur, 1 038 mineurs étrangers isolés (sans leurs parents) ont été bloqués à la frontière française en 2008, 698 en 2009 et 518 en 2010 (parmi lesquels 101 ont été refoulés). Les enfants de 13 à 18 ans sont généralement enfermés dans les mêmes locaux que les adultes.

Priver de liberté des dizaines de milliers d’étrangers - parfois jusqu’à 45 jours-pour des raisons administratives est l’affichage le plus visible de la politique du gouvernement en matière d’immigration et de ses objectifs chiffrés. L’ouverture, en août 2011, de 40 places pour les familles et l’installation de structures d’accueil et aires de jeux dans le nouveau CRA du Mesnil-Amelot, envoient le signal d’une augmentation voulue et programmée de l’enfermement des enfants. Tirés du lit au petit matin ou arrêtés avec leur père, leur mère, leurs frères et sœurs, séparés de leurs amis, privés d’école, ces enfants s’en remettront-ils ? Ils sont enfermés près des aéroports, gardés par des policiers, derrière des grillages, à chaque déplacement ils voient devant eux leurs parents menottés. La peur de l’expulsion ne les lâchera plus.

L’enfermement des enfants et des mineurs étrangers, seuls ou avec leurs parents, heurte les principes protégés par des textes internationaux dont la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) et la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies rappelle régulièrement la France à l’ordre à ce sujet. En vain : ne serait-ce que pendant l’été 2011, des dizaines d’enfants ont été arrêtés à leur domicile avec leurs parents, et placés en rétention.

Nous exigeons que cesse immédiatement et définitivement l’enfermement des enfants et mineurs étrangers.

 Signez la pétition ici

Greece: What did you expect?

Posté le 14 février 2012

Un point de vue intéressant sur le crise grecque et les responsabilités de chacun de la part notre ami Amine Cassim, membre de la section PS de Berlin:

Dans une publicité vantant le goût d’un nouveau soda, Uma Thurman demande à un admirateur transi « what did you expect ? ».

La même question pourrait être posée à Angela Merkel - toute proportion gardée - et à Nicolas sarkozy, qui s’étonnent des violences dans les rues grecques. Depuis 2 ans, les spécialistes s’accordaient sur la sortie de cette crise, mais les politiques ont, comme d’habitude, préféré regarder dans quelle direction allait la fumée plutôt que d’éteindre l’incendie. Deux années de déni de réalités, deux années perdus alors que l’Europe aurait pu régler le problème dès janvier 2010. On ne reviendra pas sur la responsabilité historique de l’Allemagne, largement pointée du doigt par Paul Krugman, Jacques Attali, Pascal Lamy, Nouriel Roubini et consors! Imposer une dévaluation interne à la Grèce tout en maintenant un Euro fort est tout simplement idiot! Leur demander des efforts supplémentaires (baisse de 22% du salaire minimum,diminution de 20% des retraites et chute de 35% du salaire des fonctionnaires), c’est demander aux grecs de mourir à coup sûr, tout en étant guéri. Le nouveau traité Merkozyen aura disparu avant le printemps et au final la Grèce sortira de l’Euro, en étant humiliée, tandis que les autres pays du Sud pourraient subir le même sort à terme!

Un autre risque pourrait bien donner des sueurs froides aux autorités monétaires et financières: la banque centrale européenne a beaucoup d’emprunts dits toxiques dans son bilan, puisqu’elle a des emprunts grecs - entre autres- sur lesquels elle est prête à subir des pertes! D’autre part la BCE, qui a décidé de faire « open bar » en accordant des crédits illimités à 3 ans à 1% aux banques,voit sa taille de bilan augmenter de 40%, et son niveau d’endettement a atteint celui de Lehman Brothers avant son implosion!

Francois Hollande a raison de revoir la copie signée par nos 2 pyromanes si les français lui donnent les clés de l’Elysée. Sa réponse devra être politique, en appliquant le pacte de stabilité qui a été redéfini l’année dernière et en renforçant la coordination des politiques économiques et budgétaires. Donc il n’y a pas besoin de nouveaux traités. Il devra être aussi le capitaine de l’équipe Europe pour faire en sorte que la zone euro se positionne au niveau de leur intérêt collectif et non pas comme passager clandestin. Et pourquoi ne pas mutualiser les dettes européennes pour casser la spéculation? Cette dette commune serait ainsi mieux notée puisqu’elle représenterait 95% du PIB européen alors que celle de la Grèce (185% du PIB),du Portugal (122%),de la France (102%) subissent ou subiront encore plus de pressions à l’avenir! C’est en sortant des logiques de sauvetage que nous préparerons l’avenir.

Amine Cassim

David Douillet trouve sa vraie place !

Posté le 26 septembre 2011
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Communiqué de Pierre-Yves Le Borgn’
Premier Secrétaire de la Fédération des Français à l’Etranger
du Parti Socialiste

Il aura fallu une bonne dégelée pour la droite aux élections sénatoriales hier pour que certains masques prestement enfilés en juin tombent juste quelques mois plus tard : exit David Douillet, Secrétaire d’Etat aux Français de l’Etranger, bienvenue à David Douillet, Ministre des Sports ! Il n’y a guère d’adjectif plus juste que celui de lamentable pour qualifier cette opération cousue de fil blanc depuis le début. Quel est le bilan de l’action météorique de David Douillet dans son improbable Secrétariat d’Etat ? Rien. Copie blanche. Cette structure n’avait aucun sens et sa suppression ce lundi le prouve abondamment. Les Français à l’étranger comprendront qu’on les a pris pour des billes.

Tout cela est si révoltant qu’il faudrait demander à l’UMP de rembourser à l’Etat les frais de déplacements de David Douillet à travers la planète pour inaugurer un gymnase ou quelques salles de classe avant de tenir des réunions militantes de l’UMP. Sans doute fallait-il sortir de l’ennui parlementaire le VRP de la droite, le temps que se libère le portefeuille de Chantal Jouanno. Laquelle est exfiltrée illico presto du gouvernement afin de glaner une voix dans la tentative désespérée de sauver le soldat Larcher pour la Présidence du Sénat samedi prochain malgré la victoire de la gauche hier. Ces tripatouillages immoraux sont à l’image de la débandade politique de l’UMP : une fin de règne étouffante, nauséabonde, glauque.

Que reste-il de la morale publique et de l’intérêt général ? Il est grand temps de donner le coup de balai démocratique qui s’impose.

Lettre ouverte d’un binational à François Fillon

Posté le 21 juillet 2011

Les  récents propos tenus par le Premier ministre à l'encontre d'Eva Joly  ( "cette dame n'a pas une culture très ancienne, des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française") ont conduit Hassan Bahsoun, Conseiller à l'Assemblée des Français de l'étranger, à adresser en retour à François Fillon une lettre ouverte que je reproduis ici :

Monsieur le Premier Ministre,

Les Français binationaux établis à l'étranger ( près d'un million) comme ceux de l'Hexagone, se sentent aussi concernés qu'Eva Joly par vos récentes déclarations et doivent se demander avec inquiétude s'ils ont suffisamment assimilé les valeurs et la culture françaiseS, et pour tout dire, s'ils sont assez français. Je voudrais les rassurer et leur dire que notre Constitution stipule que tous les Français sont égaux en droits et en devoirs, et ne prévoit ni période probatoire, ni délai de carence ni tests d'évaluation de la connaissance des valeurs, de la langue et de la culture françaises. Au demeurant, si par extraordinaire de tels tests devaient un jour être exigés, je ne suis pas sûr que les plus mal notés seraient forcément ceux que l'on croit….

Monsieur le Premier Ministre, vous avez certainement en mémoire les noms des femmes et des hommes d'origine étrangère qui font honneur à la France : Curie, Zola, Thomas Paine, Troyat, Senghor, Houphouêt Boigny, Félix Eboué, dans le passé ; François Cheng, Assia Djebbar, Amine Maalouf, Max Gallo aujourd'hui et tant d'autres .

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