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L’Union européenne réagit suite à l’annexion de la Crimée

Image: Metronews

Lundi 17 mars, les ministres des affaires étrangères de l’UE ont adopté des sanctions contre 21 personnalités jugées responsables de l’annexion à la Russie de la Crimée.

Cette décision a été prise suite au referendum qui s’est tenu dimanche, par lequel les habitants de la péninsule de Crimée ont demandé leur rattachement à la Russie. La Crimée, qui fait partie de l’Ukraine depuis 1954, a obtenu en 1991 le statut de République autonome au sein du pays devenu indépendant.

Selon les résultats officiels, le rattachement à la Russie a été approuvé par 96,6 % des votants. La participation du million et demi d’électeurs inscrits sur les listes était quant à elle de 83 %. Dès lundi, le Parlement de Crimée a officiellement demandé son rattachement à la Russie. Des mesures concrètes de rapprochement ont d’ores et déjà été votées par les députés : nationalisation des biens ukrainiens situés sur le territoire de la Crimée, dissolution des unités militaires ukrainiennes, changement de fuseau horaire avec le passage dès le 30 mars au fuseau de Moscou, changement de monnaie officielle avec l’adoption du rouble.

La Russie est le seul pays à avoir reconnu le vote. L’Europe a condamné ce referendum illégal, décidé le 27 février par le Parlement de Crimée, qui n’est pas compétent pour proposer des lois ou la tenue de referendums. La minorité tatare (12 % de la population) et les pro-ukrainiens ont appelé au boycott de ce referendum, qui ne proposait comme alternative à l’annexion qu’une autonomie accrue, sans laisser la possibilité aux électeurs de choisir le maintien du statu quo.

Laurent Fabius a quant à lui affirmé que ce referendum n’avait « absolument aucune valeur », car il est « contraire à la Constitution ukrainienne, et contraire au droit international ». Il a alerté sur le fait qu’il s’agit de « la crise la plus sérieuse depuis la fin de la guerre froide », et qu’elle est gravissime car « si un pays, en l’occurrence la Russie, peut mettre la main sur une région, cela veut dire qu’il n’y a plus aucune frontière qui soit sûre dans le monde ».

Les 21 personnalités ciblées par les sanctions le sont car leurs actions violent ou menacent l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine. Elles sont originaires à la fois de Russie et de Crimée. Les sanctions consistent en une interdiction de visas et un gel des avoirs. Les Etats-Unis ont également annoncé un train de sanctions, visant onze officiels russes et ukrainiens.

Outre les sanctions, les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé d’appuyer l’envoi en Ukraine d’une mission de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Elle devrait être composée de plusieurs centaines d’observateurs non armés, qui surveilleront toutes les régions pour prévenir les infiltrations russes.

Les ministres ont également renouvelé leur soutien tant politique qu’économique et financier à l’Ukraine. Ils ont notamment décidé, avec le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, de signer vendredi prochain à Bruxelles la partie politique de l’accord d’association. C’est la non-signature, en novembre dernier, de cet accord devant permettre de débuter le processus de rapprochement entre l’Ukraine et l’Union européenne en vue d’une éventuelle adhésion, qui avait constitué le point de départ des manifestations anti-Ianoukovitch. La signature de son volet politique, qui porte entre autres sur des dispositions en matière de libéralisation des visas, est donc positive, et témoigne de la volonté mutuelle d’accélérer le rapprochement UE/Ukraine suite au coup de force russe.

Toutefois, c’est sur la partie économique, qui prévoyait d’importantes restructurations économiques en échange d’investissements européens, qu’avait achoppé l’accord en novembre. Cela s’explique par l’imbrication forte entre les économies ukrainiennes et russes et les pressions de Moscou. Malgré la violation par la Russie de l’intégrité ukrainienne, cette réalité économique demeure, et c’est pourquoi le Premier ministre a remis à « plus tard » la signature de cette partie de l’accord.

Le G7 doit se réunir la semaine prochaine pour décider de nouvelles sanctions. Si le Parlement russe entérine vendredi l’annexion de la Crimée, l’Union européenne pourrait prendre un nouveau train de sanctions, portant cette fois sur les relations économiques et commerciales. Cela serait certes plus dommageable pour la Russie, dépendante de l’Europe pour son commerce, mais ce le serait également pour l’Europe, elle-même largement dépendante du gaz russe.

Alors même que le redressement productif et le rééquilibrage du commerce extérieur sont les principaux objectifs du gouvernement pour lutter contre le chômage, nous ne pouvons, aussi, pas perdre de vue que la Russie est, hors Union européenne, le troisième marché export pour notre pays, et que nos relations commerciales génèrent des milliers d’emplois.

Au-delà des sanctions symboliques, dont tout le monde s’accorde à dire qu’elles seront sans effet sur le positionnement de la Russie, la question est donc bien de savoir si nous sommes prêts à mettre en œuvre des sanctions économiques, seule arme efficace envisageable mais qui, nous le savons, seraient « perdant-perdant ». En tout état de cause, cette crise rappelle l’impérieuse nécessité d’une véritable politique extérieure commune de l’Europe. Ce doit être l’une des priorités de la nouvelle Commission européenne qui sera installée à l’automne prochain suite au renouvellement du Parlement européen.

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